Cela fait maintenant un an que Nicolas Sarkozy a été élu président de la république. Il est temps de faire un petit bilan.
Tout d’abord, rappelons nous que nous avions il y a un an le choix entre deux candidats, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Cette dernière avait été beaucoup critiquée sur certains points. Mais qu’en est-il aujourd’hui de Nicolas Sarkozy comme président ? Morceaux choisis.
On nous avait dit que Ségolène Royal remettait en cause la laïcité quand elle citait des citations de la Bible dans ses discours. Mais c’est Nicolas Sarkozy qui a remis en cause la laïcité en affirmant dans son discours de Latran que le prêtre ou le pasteur était plus qualifié pour transmettre les valeurs que professeur.
On nous avait dit qu’un président devait garder son calme, quand Ségolène Royal avait exprimé sa colère lors du débat présidentiel. Mais c’est Nicolas Sarkozy qui a perdu son calme à plusieurs reprises, en invitant un martin-pêcheur à venir s’expliquer et en répondant « Casse-toi pauv’ con » à quelqu’un qui avait refusé de lui serrer à la main au salon de l’agriculture.
Quand on disait qu’avec Ségolène Royal ce serait l’improvisation permanente, et on nous avait présenté Nicolas Sarkozy comme au contraire quelqu’un de sérieux, préparé et d’organisé, qui avait préparé son projet de longue date, et qui saurait dans quelle direction aller. Mais c’est Nicolas Sarkozy qui improvise : il suffit de voir l’annulation par le conseil constitutionnel du crédit d’impôt sur les intérêts des emprunts immobiliers pour ceux qui ont achetés leur logement avant le 6 Mai 2007, les deux lois consécutives sur les RTT qui se contredisent, le retard et le recadrage du plan sur les banlieues, les annonces du gouvernement démenties le jour même (par exemple la suppression de la carte familiale pour la SNCF), et finalement une impression générale que le président et son gouvernement ne savent pas où ils vont.
On nous avait dit qu’avec Ségolène Royal la politique serait people, que son programme était Voici et Gala. Mais c’est Nicolas Sarkozy, président bling-bling, qui fait les couvertures des journaux people, étalant sa vie privée à tout va.
Ou nous avait présenté un Parti Socialiste divisé, qui serait alors incapable de gouverner de façon unifiée, alors que l’UMP était derrière un seul homme, en ordre de bataille pour gérer la France. Mais c’est dans la majorité de Nicolas Sarkozy que nous avons observé une succession de couacs et de psychodrames : les rapports difficiles entre Fadela Amara et les députés UMP, le psychodrame de Neuilly fief de Nicolas Sarkozy, l’affaire entre Nathalie Kosciusko-Morizet et son ministre de tutelle Jean-Louis Borloo et les députés UMP (qu’elle a traités de lâches), la rivalité entre Xavier Bertrand et François Fillon, et les mauvaises relations entre ce dernier et Nicolas Sarkozy.
Mais plus grave que ça, c’est la politique effectuée qui est à la fois injuste et inefficace. Je vais revenir sur les différentes mesures.
Parlons de la principale mesure, à savoir le paquet fiscal : Il est vrai qu’il n’est pas juste de dire que la totalité de ces cadeaux fiscaux (environ 13 Milliards d’Euro) concerne des réductions d’impôts pour les plus riches. Il y a en effet plusieurs éléments dans ce paquet fiscal. Voici les plus importants :
- Le crédit d’impôt sur les emprunts immobiliers (3,7 milliards d’Euro) : en dehors du fait que ceux qui avaient acheté leur logement avant le 6 mai 2007 n’en ont pas profité, j’estime que cette mesure aura un effet négatif. Si cela pousse d’avantage de Français à devenir propriétaires, avec la loi de l’offre et la demande, les prix ainsi que les taux d’intérêt augmentent, et tout le bénéfice du crédit d’impôt est alors annulé. Les grands gagnants sont finalement les banques. J’aurais plutôt préféré des prêts à taux zéro, et avoir une réflexion sur le prix des logements afin de concevoir tous les outils possibles pour le faire baisser.
- La réduction de droits de successions (2,2 milliards d’Euro) : cela concerne les personnes aisées, étant donné que les successions des Français de la classe moyenne étaient déjà exemptées de droits. Ces personnes en avaient-elles besoin, étant donné que ce sont les plus fragiles qui sont le plus touchés par la crise du pouvoir d’achat ?
- Le bouclier fiscal à 50% (600 millions d’Euro) : ce sont là encore les personnes à plus haut revenus qui en sont les bénéficiaires. Encore une fois, en avaient-il réellement besoin ? Enfin cette mesure avait été justifiée pour faire revenir les grandes fortunes parties en exode fiscal, et de créer un choc de croissance. Je remarque que personne n’est revenu, et que le choc de croissance n’a pas eu lieu.
- La détaxation des heures supplémentaires (6 milliards d’Euro) : elles font en effet parti du paquet fiscal. En dehors du fait qu’elles ne profitent qu’à une partie de la population (ceux qui peuvent demander des heures supplémentaires, étant donné que c’est l’employeur qui les impose), on peut fortement se questionner sur leur efficacité : déjà le dispositif a été qualifié d’usine à gaz de la part de nombres de chefs d’entreprise, mais un rapport de la commission des finances de l’Assemblée Nationale (http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/la-commission-des-finances-remet-en-cause-les-exonerations-d-heures-supplementaires_150455.html) a jugé cette mesure inefficace (pas d’augmentation du nombre d’heures supplémentaires, et pas de gain substantiel de pouvoir d’achat compte tenu du coût de la mesure). N’oublions pas que cette mesure est également injuste, cette détaxation ne profitant pas aux revenus non imposables, c'est-à-dire les plus modestes.
Ainsi, le paquet fiscal est tout aussi injuste qu’inefficace, ne profitant pas aux plus modestes, et n’ayant pas conduit à l’objectif fixé de lutter contre la baisse du pouvoir d’achat et de créer un choc de croissance.
Je rajouterai la politique d’immigration qui consiste d’avantage à reconduire à la frontière les immigrés en situation irrégulière que d’aider à l’intégration des étrangers, la politique internationale qui a vu le candidat des droits de l’homme devenir le président de la realpolitik, les réductions de postes dans l’administration publique qui sont présentées comme la seule solution à la réduction des dépenses de l’Etat alors qu’elle vont provoquer une pénurie de services publics, les franchises médicales qui consistent à faire payer par des malades les frais d’autres malades, la seule mesure efficace pour le pouvoir d’achat qu’aura été l’augmentation du salaire du président (un peu plus de 200% rappelons-le), le financement du Revenu de Solidarité Active pas des travailleurs un petit peu moins pauvres (pourquoi ne pas mettre à contribution les stock options ?).
Voila beaucoup de raisons d’être déçus de la première année de présidence Sarkozy. J'en rajouterai une dernière, qui reflète pour moi une autre différence entre le Sarkozy candidat et le Sarkozy président.
Le candidat avait réussi à faire croire que voter pour lui suffirait pour faire bouger les choses, qu'avec sa seule volonté il réussirait à régler tous les problèmes des Français. Mais voila qu'une fois élu le vrai Sarkozy s'est montré au grand jour, à savoir quelqu'un attiré par l'argent et les privilèges liés à une fonction de haut rang, se préoccupant davantage de lui que des autres, et finalement, et c'est peut-être ça qui est à l'origine du désaveu de tant de Français qui avaient cru en lui et qui se sentent aujourd'hui trahis, un président aussi impuissant comme son prédécesseur, ayant abandonné ses promesses de campagne au profit d'une réalité qu'il ne croit pas pouvoir dépasser.
Nicolas Gaborit