Rappelez-vous, le slogan du candidat Sarkozy était « travailler plus pour gagner plus ». Qu’en est-il de la réalité ?
Tout d’abord a été votée en juillet 2007 dans le paquet fiscal la fameuse loi TEPA (Travail, Emploi et Pouvoir d’Achat), permettant de défiscaliser les heures supplémentaires et de les majorer toutes de 25%. Je considère normal que les heures supplémentaires soient majorées, mais que les défiscaliser coûte cher à l’Etat et n’encourage pas l’embauche. De plus la complexité de la loi, qualifiée par des chefs d’entreprise d’usine à gaz, n’en encouage pas l'applcation.
Donc apparemment cela n’a pas suffi, étant donné que par la suite le président a proposé d’autres mesures. Ainsi une nouvelle loi sur le rachat des RTT a été votée. Les salariés pourront donc faire racheter leurs RTT avec une majoration de 10%, mais uniquement si leur employeur le veut bien. Voici donc, comme je l’avais dénoncé, un recul, vu que la première loi permettait de racheter ces mêmes RTT avec une majoration de 25% !
Mais voila que ce qu’ils veulent vraiment faire a été dévoilé ! La suppression de la durée légale du travail. En effet, François Fillon a évoqué l’idée que chaque entreprise puisse, par accord majoritaire, décider de la durée du travail de ses employés, ce qui changerait le seuil des heures supplémentaires. Voila donc un nouveau recul, vu que les heures travaillées en plus ne seront plus majorées !
Alors voila, nous y sommes dans la réalité, nous allons devoir travailler plus pour gagner moins !
Devoir ? Parce que l’idée d’accord majoritaire est une tromperie : je ne pense pas que les salariés auront vraiment le choix quand on leur proposera de travailler plus, par exemple, sous la menace d’une délocalisation en cas de refus.
Pour gagner moins ? Car sortons de l’hypocrisie : croyez-vous vraiment que des augmentations de salaires seront possibles après ce réajustement ? Non, il n’y aura pas d’augmentation de salaire possible, si le fait de travailler plus est un argument avancé pour justement gagner du pouvoir d'achat, ou pire pour éviter les délocalisations.
Alors que faire ? Car soyons pragmatiques, la mondialisation, tirant le coût du travail vers le bas, est en effet un soucis pour nos entreprises. Mais au lieu de nous tirer aussi nous-mêmes vers le bas, nous devrions plutôt ériger des normes sociales et écologiques, afin que tout produit commercialisé chez nous soit surtaxé si sa fabrication ne les respecte pas. En même temps nous devons faire un effort en priorité sur les salaires modestes, car ce sont eux qui souffrent en premier de la baisse du pouvoir d'achat. Enfin nous devrons nous poser la question de la répartition de la fiscalité, afin de rétablir cet équilibre nécessaire des fruits de la croissance, qui dérivent malheuresement de plus en plus du travail vers le capital.
Nicolas Gaborit
Mise à jour 1 (Mardi 8 janvier 2008 - 13h15): Le président Sarkozy vient lui-même de le confirmer lors de sa conférence de presse: à la question "Souhaitez-vous que 2008 soit la fin, au moins réelle, des 35 heures ?", il a répondu "Pour dire les choses comme je le pense, oui." Il ne cache donc plus cette réalité, en revenant sur ses propos de campagne et sur ce qu'il avait dit le 29 Novembre dernier: "La question pour moi n'est pas de supprimer les 35 heures, mais d'arriver au plein emploi, je ne veux pas revenir sur un acquis social." Voila les choses sont dites, et Sarkozy vient également de nous prouver qu'il nous a menti en 2007 sur les 35 heures...
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