Quel est le point commun entre Kadhafi, Poutine et le régime Chinois ? Le non respect des droits de l’homme ? Certainement. La non liberté de la presse (pays classés respectivement 152ème, 147ème et 163ème sur 168 par Reporters Sans Frontières pour la liberté de la presse - http://www.rsf.org/article.php3?id_article=19318 ) ? Assurément. Nous pouvons finalement dire, en utilisant un terme cher à notre président, que leur point commun est une certaine voyoucratie internationale.
Mais dans l’actualité récente, leur point commun est Nicolas Sarkozy. Ce dernier a en effet effectué une visite en Chine en oubliant les droits de l’homme. Il a ensuite été le seul dirigeant de l’Union Européenne à féliciter Poutine des résultas des élections législatives. Enfin il accueille depuis ce lundi en visite officielle le général Kadhafi. Je vais revenir sur ces trois événements.
Tout d’abord la Chine. Nicolas Sarkozy a donc effectué une visite en Chine fin novembre. Ayant exclu de la visite sa secrétaire d’Etat des droits de l’homme, il a affirmé que pour la France le Tibet et Taiwan faisaient partie de la Chine. Les défenseurs des droits de l’homme apprécieront ! Même Georges Bush a été plus critique envers la Chine, en invitant et distinguant le Dalaï Lama fin octobre dernier !
Ensuite Poutine. Alors que les conditions dans lesquelles les dernières élections législatives se sont passées sont plus que douteuses (rappelons que plus de 99% de votants en Tchétchénie ont voté pour son parti), Nicolas Sarkozy a été seul dirigeant européen à l’avoir appelé pour le féliciter du score de son parti aux élections, alors que la plupart des pays occidentaux ont au contraire exprimé des inquiétudes sur les conditions de l’élection. Georges Bush, pour encore le citer, a même appelé directement Vladimir Poutine pour lui communiquer ses réserves. Enfin n’oublions pas qu’en 2006, suite à sa poignée de main controversée avec le président Bush, le candidat Sarkozy avait affirmé « mais moi, je ne serre pas la main de Vladimir Poutine ». Finalement Nicolas Sarkozy a fait à la fois ami-ami avec Bush et Poutine.
Enfin Kadhafi. Que dire de sa visite, sinon le célèbre « il ne fallait pas l’inviter » ? Avant de le recevoir cette semaine en voyage officiel, Nicolas Sarkozy lui avait dit «je suis très heureux de vous recevoir à Paris» lors du sommet UE-Afrique ce week-end dernier, et avait été par la suite désavoué par son propre ministre des affaires et sa secrétaire d’Etat des droits de l’homme, qui ne souhaitaient pas sa visite.
J’avais déjà dénoncé ( http://nicolasgaborit.typepad.com/blog/2007/07/ordre-internati.html ), à l’occasion de son voyage en Libye le fait que Nicolas Sarkozy s’affiche avec ce dictateur. Alors on dit qu’il a fait des progrès en matière de droits de l’homme. Mais je rappellerai que Kadhafi a cautionné la torture des infirmières bulgares, et qu’il avait déclaré à la veille du sommet UE-Afrique qu’ « il est normal que les faibles aient recours au terrorisme ». Peut-on faire vraiment confiance à un tel dirigeant ? Enfin, au second jour de sa visite, il a tout simplement humilié publiquement sur son sol le président Sarkozy le qualifiant de menteur, lorsqu’il a démenti avoir parlé avec lui de droits de l’homme, et faisant la morale à la France, ironiquement à juste titre, sur la situation des banlieues. La seule chose que Nicolas Sarkozy aura réussi à arracher de Kadhafi une timide condamnation des attentats d’Alger. Mais franchement, il n’aurait jamais du venir.
Alors comment justifier tout ça ?
Comment Nicolas Sarkozy, qui est si ferme vis-à-vis de la « voyoucratie des banlieues » peut-il être si conciliant vis-à-vis de la « voyoucratie internationale » ? Et bien notre président justifie cela par des contrats signés. Ainsi, l’argent prend le pas sur les droits de l’homme. Alors il est juste de négocier des contrats, car les entreprises Françaises ont besoin de contrat pour survivre face à la concurrence. Mais soyons pragmatiques, et interrogeons nous sur ces fameux contrats.
Je rappellerai, pour le cas Kadhafi quelques faits :
- Sur les 10 milliards d’Euro annoncés, seul un contrat portant 300 millions aurait été signés. Et encore, il n’est même pas sûr qu’il ait été signé.
- Malgré ça, nous ne sommes pas les premiers : les entreprises britanniques sont mieux placées en Libye que les sociétés françaises, alors que Kadhafi n’a pas été reçu par Tony Blair.
- Certains contrats portent sur de l’armement. Ne voit-on pas le danger à fournir des armes à un tel régime ?
- Certains contrats n’appartiennent pas uniquement à la France. Je veux par exemple parler d’Airbus qui est un consortium européen. Ainsi se féliciter de contrats signés avec la France est démagogique.
- Enfin, ces contrats ne garantissent pas toujours du travail pour les salariés Français, car certains sont délocalisés. Donc se féliciter de l’apport de ces contrats aux usines françaises est là encore démagogique.
- Finalement, ce n’est pas le président qui signe les contrats, mais les entreprises. Le rôle de Nicolas Sarkozy n’est donc évidemment pas direct.
Ainsi Nicolas Sarkozy, qui prônait la rupture avec en matière de politique étrangère, fait finalement la même chose, et même en pire, que son prédécesseur Jacques Chirac, rencontrant dictateur sur dictateur ,en jouant au commercial, faisant croire que cela rapporte des milliards d’Euro à la France.
Enfin, il est dommage que les jeunes de banlieue responsables des violences n’aient pas d’argent à proposer pour signer des contrats. Peut-être que le président Sarkozy aurait pardonné leurs actions et les aurait reçus à l’Elysée.
Nicolas Gaborit
j'ajouterai même que Sarkozy et donc malheureusement la France a été en plus le seul pays démocratique à félicier Poutine!!!
quelle honte...
Rédigé par: Marina GABORIT | 13 déc 2007 à 22h49