Le président Sarkozy a donc annoncé jeudi dernier des mesures sur le pouvoir d’achat. Je voudrais tout d’abord dire qu’on a retrouvé le candidat Sarkozy, démago comme pas possible, n’hésitant pas à nous balancer promesse sur promesse.
Sur le fond, nous pouvons dire que le président se moque vraiment des Français. Après avoir distribué des milliards aux Français les plus aisés (une minorité) avec un paquet fiscal aussi injuste qu’inefficace, le président avoue que les caisses sont vides et demande donc aux autres Français (la majorité) de travailler plus si ils veulent plus de pouvoir d’achat. Et faire preuve de démagogie en nous affirmant que le paquet fiscal n’était pas pour personnes aisées, en affirmant la réduction des frais de successions profitaient aux plus modestes est un mensonge purement et simplement insupportable.
Ainsi le fameux slogan « travailler plus pour gagner plus » (d’ailleurs, peu s’en souviennent, mais ce slogan a été lui aussi piqué au Front National) est revenu sur la table. Et comme c’est une habitude à droite, les 35 heures sont qualifiées des plus grands maux de notre terre. Alors naturellement pour Sarkozy résoudre le pouvoir d’achat consisterait à revenir sur les 35 heures.
Mais je vous invite à aller consulter cette excellente étude de l’INSEE sur le revenu salarial (http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/SALFRA07ac.PDF). On y apprend que le revenu salarial des Français stagne depuis le début des années 80. Est-ce donc la faute des 35 heures ? Et bien non ! L’explication viendrait plutôt de la précarisation du travail avec la réduction du nombre de jours rémunérés.
Ainsi le problème du pouvoir d’achat ne date pas des 35 heures mais du début des années 80. Alors nous pouvons nous demander pourquoi le revenu salarial des Français n’a pas augmenté alors que sur cette période nous avons produit d’avantage de richesses (croissance économique). Pendant cette période les inégalités entre les personnes très aisées et les classes moyennes se sont également accrues, avec une augmentation de la rémunération des grands patrons et des revenus de la rente. C’est pourquoi j’aurais tendance à penser qu’il s’est produit un déséquilibrage des fruits de la croissance du travail vers le capital. C’est pourquoi les mesures de Nicolas Sarkozy visant à revenir sur les 35 heures ne seront pas efficaces car en décalage avec cette réalité. Ce qu’il faudrait, c’est se poser la question de taxer d’avantage le capital que le travail, afin de d’avantage valoriser le travail.
Mais détaillons les mesures proposées par le président :
La monétisation des RTT :
L’idée n’est pas mauvaise à la base, qui d’ailleurs est déjà utilisée dans certaines entreprises (on est loin de la révolution annoncée par Sarkozy). Mais il y a deux problèmes :
- Tout d’abord, combien seront-ils payés ? Etant donné que travailler une journée de RTT reviendrait à faire des heures supplémentaires, j’espère que cela correspondra au prix d’une journée de travail majorée de 25%, car il n’y a pas de raison que ceux qui travaillent leurs jours de RTT soient désavantagés par rapport à ceux qui ont des heures supplémentaires. Il faudrait donc, là, également, retirer les charges sur le salaire versé. Cette mesure serait donc coûteuse pour l’Etat.
- Enfin, ce qui est injuste, c’est qu’on oublie ceux qui ne bénéficient pas de RTT. Tout le monde n’est pas aux 35 heures ne l’oublions pas, et tous ne profiteront donc pas de la mesure.
Quant à moi, je proposerais plutôt que tout jour de récupération (congé ou RTT – ainsi tout le monde serait concerné) non pris permette un choix de la part de l’employé :
- Soit que ce jour soit payé, avec une majoration de 25%, dès la fin de l’exercice en cours.
- Soit qu’il soit stocké, afin d’être un jour rémunéré, pris, ou utilisé pour anticiper le départ à la retraite. C’est déjà ce que fait en partie le Compte Epargne Temps, mais il faudrait d’avantage de souplesse pour que le salarié ait d’avantage de choix.
Le payement des heures supplémentaires dans le public :
Evidemment qu’il faut le faire ! Mais comme l’a dit le président, il n’y a plus d’argent dans les caisses. Alors comment le finance-t-on ?
Peut-être faudrait-il revenir sur une partie du paquet fiscal pour le financer.
L’arrêt des 35 heures par accord dans l’entreprise :
Je me demande en quoi est-ce une mesure en faveur du pouvoir d’achat. Car nous sommes dans le flou le plus complet : comment peut-on garantir en contre partie une augmentation de salaire juste (c'est-à-dire équivalente à ce que seraient payées des heures supplémentaires) ? Comment peut-on garantir que les salaires des nouveaux embauchés seront réévalués suivants la même règle ? Il faudrait un contrôle direct de l’Etat sur les salaires de ces entreprises. Cela va à l’encontre de la philosophie libérale de Nicolas Sarkozy ! Soyons honnête, cette mesure ne servira pas le pouvoir d’achat. D’ailleurs il n’y a que le MEDEF pour applaudir cette mesure.
Finalement, on arrive à une situation extrêmement floue, si ce n’est pas dire bordélique:
- D'un côté il y avait la détaxation des heure supplémentaires, finalement pas suffisante vu que ces mesures ont été proposées. D’ailleurs cette mesure est qualifiée d’usine à gaz par des dirigeants d’entreprises.
- Maintenant il y a la monétisation des RTT, et la suppression possible des 35 heures, sans qu’on en connaisse les modalités exactes.
Bref trois dispositifs quand il y en avait qu’un seul déjà suffisemment complexe ! Et tout cela uniquement pour les salariés qui sont aux 35 heures. Mais les salariés qui ne sont pas aux 35 heures (et oui il y en a !), On les oublie ? Comment pourront-ils obtenir une augmentation de salaire ? Peut-être pourront-ils négocier que leur entreprise passe aux 42 heures ?
Alors tout n’est pas (heureusement) noir : il y a parmi ce qui a été proposé de bonnes mesures, qui d’ailleurs ne faisait pas partie du programme présidentiel de Nicolas Sarkozy. Je citerai :
- La « mutualisation » de la caution des loyers et la suppression de deux mois sur les trois mois d’avance : c’est en effet une bonne mesure, qui n’était pas dans son programme présidentiel, mais dans le pacte présidentiel de la candidate socialiste Ségolène Royal (proposition 12 - Créer un service public de la caution afin que celle-ci ne soit plus un frein à l’accès au logement tout en sécurisant le propriétaire).
- L’indexation de la hausse loyers sur celle des prix : C’est également une bonne décision, qui va dans le sens de ce que proposaient les socialistes, et qui n’était pas encore une fois dans le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy. Néanmoins, ce que n’a pas dit Sarkozy (une nouvelle gaffe ?), c’est que c’est déjà fait en partie depuis 2006 : 60% de la hausse du loyer est déjà indexée sur les prix, et restent seulement 20% le restent sur les prix de la construction (http://www.insee.fr/fr/indicateur/indice_loyer/indice_loyer.asp). L’impact de cette mesure sera donc limité. J’aurais préféré que l’on s’intéresse plutôt au prix même des loyers, déjà trop haut, et non à simplement limiter son augmentation.
- Le conditionnement des charges sociales à la négociation sur les salaires : Une bonne idée (une idée de gauche d’ailleurs) sur le fond, mais qui sera, je pense, pas réellement efficace : si la condition est de discuter mais pas une augmentation réelle des salaires, il n’y a aucune garantie de résultats !
- Un nouvel indice des prix pour mieux refléter la réalité : Encore une fois il s’agit d’une mesure qui était proposée dans le programme de Ségolène Royal (proposition 13 - Mettre en place plusieurs indices des prix reflétant la dépense des ménages) et pas dans celui de Nicolas Sarkozy. Je ne peux qu’applaudir.
Mais j’aurais aimé que d’autres mesures proposées par le Parti Socialiste aient été considérées, comme l'augmentation de la prime pour l'emploi, la baisse ciblée de la TVA et les chèques transports.
Enfin n’oublions pas que 880.000 contribuables, dont certains très modestes, qui étaient exonérés de la redevance télé vont devoir la payer. Est-ce cela lutter pour le pouvoir d’achat ?
Nicolas Gaborit
Commentaires